Fonio au Sénégal

Le fonio ou l’espèce Digitaria exilis est une des céréales traditionnelles les plus anciennes d’Afrique de l’Ouest. Originaire d’Egypte pour certains et des confins du Sud Sahara (Afrique centrale) pour d’autres, cette graine dite millénaire, possède de multiples vertus. Cette spéculation provient de la famille des graminées, de la tribu des paniceae, du genre Digitaria et de l’espèce Digitaria exilis. Entre la zone humide et la zone sahélienne, on retrouve plusieurs de ses variétés. Il est cultivé sur une bande allant du Sénégal au Tchad sur une superficie estimée à 380 000 ha pour une production d’environ 250.000 tonnes avec un rendement moyen de 660 kg/ha, selon le Rapport sur l’analyse et cadre stratégique d’initiatives pour la croissance de la filière Fonio publié par USAID Sénégal.
Origine
L’espèce cultivée au Sénégal, provient des plateaux de la République de la Guinée : Fouta Djallon (moyenne Guinée) et du pays Kissi (Guinée forestière). Cette spéculation s’est très vite répandue dans le pays (régions naturelles de la Casamance, et du Sénégal Oriental). Grâce aux mouvements migratoires, cette espèce se retrouve également en Gambie. Au Fouta guinéen, le fonio a une forte représentation identitaire. Il constitue la principale référence alimentaire de ces régions.
Au pays de la Teranga, les régions de Tambacounda, de Kédougou, de Sédhiou, de Kolda au Sud et de Kaffrine concentre le taux de production du fonio. Sur ces territoires, ce produit agricole reste une culture des groupes ethniques : peulh du Fouta Tooro, bassari, jallonkés, tenda, kognagui (Kédougou, Kolda, Vélingara, Koungheul), des mandingues (Sédhiou, Tambacounda).
Le fonio, une culture apprivoisée mais mal valorisée
Irrégulière, la production nationale de fonio reste faible et inconstante d’une année à l’autre. Dans un contexte local où les besoins en alimentation ne cessent d’augmenter, son évolution est en dents de scie. Selon des données de l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), la production du fonio a atteint 3 053 tonnes en 2000. Au fil des années, ce chiffre oscille : 809 tonnes en 2002. En 2007, la filière a connu l’une des campagnes agricoles les plus catastrophique avec seulement 889 tonnes récoltés sur une superficie de 1450 ha, pour un rendement moyen de 620 kg/ha avec :
20 % récoltés dans la région de Kolda
80 % dans la région de Tambacounda.
Deux ans plus tard, en 2009, le record de production est atteint 4 425 tonnes. Une capacité jamais égalée. Actuellement, les estimations du Bureau d’analyses macro-économiques (Bame) de l’Institut sénégalais de Recherches agricoles (Isra) font état de 1 407 tonnes en 2018. Le faible rendement constaté n’encourage guère les acteurs de la filière.
Insuffisamment pris en compte dans les programmes et politiques de développement, le fonio est toujours resté le parent pauvre des initiatives étatiques pour accompagner les collectivités locales. Dans un autre volet, il ressort que le travail post-récolte du fonio est qualifié de “pénible”. Du battage au lavage en passant par le décorticage, les femmes souffrent le martyr. Ce détail contribue quelque peu au ralentissement de sa promotion nationale.
Et pourtant, le fonio pourrait jouer un rôle majeur dans la sécurité alimentaire du Sénégal. Pour cette raison, le Programme d’appui au développement de l’agriculture et à l’entrepreneuriat rural (Padaer) initié par le Ministère Sénégalais de l’agriculture, appuyé par le réseau des acteurs de la filière fonio veut multiplier, par quatre, la production de fonio.
Selon certains experts à l’instar de Cheikh Guèye, ingénieur agronome spécialisé en systèmes agraires et protection de l’environnement sahélien, toutes les contraintes qui confinait la production du fonio à la place de culture culturelles sont en train d’être levées par la recherche par l’amélioration des techniques de culture et de transformation grâce à l’utilisation de machines de dernière génération.
Grande qualité culinaire et diététique
Par sa finesse, sa douceur, son goût et sa digestibilité, le fonio est très apprécié pour ses qualités gustatives, nutritionnelles, thérapeutiques. Denrée de grande qualité au plan culinaire et diététique, cette graine plus riche que les autres en calcium, magnésium, zinc et manganèse, il contient également deux fois plus d’acides aminés que les autres céréales, et notamment de méthionine et cystine, essentiels à la santé humaine mais qui nécessite un mélange alimentaire afin de faciliter la synthèse par l’organisme. Grâce à sa teneur en éléments insulino-sécréteurs, le fonio est particulièrement recommandée aux personnes diabétiques.
Dépourvue naturellement de gluten, cette graine constitue une alternative intéressante aux personnes qui souffrent d’allergie au gluten (notamment dans le cas de la maladie cœliaque). Riche en fibres, cette spéculation est recommandée aux personnes du troisième âge et aux personnes présentant des problèmes digestifs et aux enfants.
Après une période de forte concurrence subie par le riz ces deux dernières décennies, le fonio tente de reconquérir sa place en s’invitant dans les menus urbains. Au regard de ce dynamisme, le fonio se positionne comme une culture alternative sérieuse pour doper l’alimentation des populations sénégalaises. Sur le marché, les marges bénéficiaires évoluent en fonction du degré de transformation, de finition et d’écoulement (local et export).
Des actions de promotion
Plusieurs ateliers et rencontres ont souvent été consacrés à des réflexions régionales et nationales sur le développement de cette culture et de sa commercialisation. Des programmes de recherches pluridisciplinaires et impliquant plusieurs pays, des ONG de développement se sont investis dans plusieurs initiatives pour tenter de donner au fonio une nouvelle dynamique économique.
Ainsi, depuis quelques années, le fonio suscite un intérêt particulier chez la plupart des acteurs non étatiques. C’est dans ce registre que l’organisation Yeesal AgriHub s’inscrit au travers de son projet Agripreneur en Action. Ici, elle décide de former des jeunes à l’entreprenariat agroécologique. Dans le but de promouvoir la culture des produits agricoles locaux à forte valeur nutritive, ce collectif lance l’initiative AgriAction pour équiper en informations crédibles ses cibles sur des spéculations spécifiques dont le fonio.

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Cas d’étude : Success story de l’entreprenariat sur le fonio
Yolélé Foods avec le Chef Cheikh Thiam
Quand le fonio s’invite dans les assiettes américaines.
Cultivée depuis des lustres dans les confins d’une Afrique de l’ouest traditionnelle, le fonio voyage ces derniers temps. La graine atterrit au pays des Trump et suscite des envies de dégustations.
Selon un proverbe populaire, « le fonio n’embarrasse jamais son cuisinier ». Et du moins, c’est ce qui motive le cuisinier sénégalais le plus reconnu des Etats-Unis : Pierre Thiam. Depuis plus de vingt ans, ce cordon bleu est l’ambassadeur atypique de cette céréale qualifiée de la plus nutritive d’Afrique. Grâce à sa dextérité, la graine pleine de richesse nutritionnelle se cuisine aussi dans certains restaurants américains.
Le voyage aura été long mais intéressant. Préparé à l’occasion de grands événements comme les mariages, les baptêmes et autres cérémonies traditionnelles, le fonio s’utilise également au quotidien pour la préparation du couscous, de beignets et de pain, le fonio conquiert le marché outre-Atlantique.
Pour y arriver, Pierre Thiam co-fonde en 2017, Yolélé Foods, une entreprise spécialisée dans l’alimentation naturelle avec pour première offre sur le marché américain, le fonio. « Yolélé s’est engagé à offrir de nouveaux produits super nutritifs aux consommateurs américains», déclare-t-il.
Le profil nutritionnel supérieur, la saveur délicate de ce produit, poursuit-il, en font un ajout fantastique à la cuisine américaine. Il cuit comme le couscous, se prépare en seulement 5 minutes, et peut être substitué au riz ou au quinoa dans n’importe quelle recette.

Pour accompagner les producteurs locaux, Yolélé veut investir dans les coopératives. La structure mise également sur les modules de formation spécifiques pour leur initier à des techniques résilientes. Ces efforts veulent renforcer la chaîne d’approvisionnement de la spéculation. Yolélé promeut la culture des sols plus sains. En vue de concrétiser ces actions, des partenariats avec des fermes sont en vue de conception pour faciliter leur accès à des services de qualité tels que l’électricité, l’eau et les centres de santé.
Dans la marée des tonnes de riz brisé (grain fragmentée) importé, le Sénégal gagnerait davantage à activer une forte promotion du fonio. Pierre Thiam ne cache pas son désarroi face à la situation alimentaire dans laquelle baigne la plupart de ses compatriotes. A des milliers de kilomètres de ses côtes natales, il réussit le pari de montrer la grande richesse culinaire de l’Afrique. En s’interrogeant dans une interview qu’il a accordée au magazine New York Times le 15 février dernier, le Chef cuisinier se demande « pourquoi le Sénégal continuer d’importer le riz alors que son indépendance est acquis depuis près de 60 ans ».
Face à l’ampleur de la situation, la même question taraude l’esprit de bons nombres de citoyens et d’organisations épris des valeurs nutritionnelles des produits locaux agricoles. Pour l’heure, un éveil de conscience s’impose au profit du fonio, une graine très digeste et recommandé pour toutes les tranches d’âge. Le fonio pousse librement dans les milieux où la sécheresse et à la famine sèment le désastre.

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